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La conquête d’une stabilisation identitaire graphique chez l’enfant

La conquête d’une stabilisation identitaire graphique chez l’enfant

Adeline Eloy

Ces 1264 écritures ont été recueillies, il y a 4 ans, par des graphologues et graphothérapeutes de la région de Toulouse. Les élèves de 10 écoles primaires ont soit copié, soit écrit sous la dictée un texte : la lettre d’invitation. Il s’agissait d’un test établi selon un protocole rigoureux.

Ces travaux ont permis, avec l’aide du GGRE (Groupement des Graphothérapeutes Rééducateurs de l’Écriture) de construire une Échelle d’évaluation des difficultés d’apprentissage de l’écriture : l’échelle ADE qui sera publiée par les éditions de Boeck-Solal dans un mois.

Je ne vous présenterai pas cette échelle. Je m’attacherai à vous faire découvrir le cheminement que suivent les enfants qui apprennent à écrire aujourd’hui, les phases qui jalonnent ce parcours et amènent le scripteur débutant à s’approprier au-delà de l’instrument « écriture», l’acte d’écrire.

À l’origine de notre travail il y a une constatation :

Au fil des 15 dernières années, nous avons constaté qu’il y a de moins en moins d’écritures « calligraphiques » telles que les définit Ajuriaguerra.

Moins de 10 % des élèves produisent actuellement une écriture « calligraphique» après 3 années d’apprentissage.

Depuis les années 1960, moment où Ajuriaguerra a mis au point son échelle, la pédagogie de l’écriture a changé. De façon schématique, on pourrait dire qu’elle est devenue moins exigeante. Compte tenu de cela, tout se passe comme si chaque apprenti scripteur, livré davantage à lui-même, produirait « son » graphisme, plus personnel et moins conforme au modèle enseigné.

Il apparait donc que les écritures diffèrent de plus en plus entre elles. Cette diversité même nous intéresse en tant que graphologues.

Nous avons considéré que leur faible ressemblance avec le modèle n’était pas le reflet négatif d’un enseignement moins exigeant, une sorte de laisser aller facile.

Nous l’avons au contraire considérée comme l’expression positive d’un scripteur qui, en s’éloignant de la reproduction tatillonne du modèle, s’adapte à la place réservée à l’écriture manuscrite aujourd’hui, en recherchant, par lui-même, des solutions adaptées.

Dans ce cadre, le terme dynamique, choisi par analogie avec le langage mathématique, signifie « en mouvement ». Ce mouvement est double :

   Il y a d’abord le geste qui donne naissance à la trace.

   Il y a ensuite l’évolution continue de l’écriture.

Il est évident que c’est le mouvement, le geste d’écrire qui génère l’écriture.

Sans ce mouvement, le crayon immobile sur la feuille ne produit qu’un point. Il n’existe donc pas d’écriture statique.

Dans ce système en mouvement, la notion de stabilisation remplace celle d’équilibre.

Pour mieux saisir cette notion essentielle de « stabilisation », on peut penser au cycliste qui ne se maintient sur son vélo que grâce à des ajustements permanents. S’il était complètement immobile, il perdrait l’équilibre et tomberait.

De même, chaque scripteur, pour avancer sur la ligne, se stabilise à sa manière. Il trouve des agencements qui lui sont propres et qui, de ce fait, sont identitaires. Son objectif n’est pas d’obtenir l’écriture la plus conforme au modèle mais de produire un graphisme qui réponde aux finalités de l’écriture : il doit être à la fois lisible, habile, rapide et satisfaisant pour lui.

De plus, la trace écrite résultant de ce geste et plus largement de l’acte d’écrire évolue continuellement : au cours d’un même texte, selon les conditions extérieures (froid, fatigue…) ou intérieure (émotion, stress…) et tout au long de la vie.

Bien sûr, on peut isoler certaines caractéristiques de l’écriture de l’enfant, de l’adolescent, de l’adulte, du vieillard. Cependant elles ne permettent pas de constituer des catégories de nature différente. Même si le faciès de l’écriture change avec l’âge, c’est toujours le même scripteur qui écrit qu’il ait 9 ans ou 90 ans.

C’est ce scripteur et sa dynamique propre qui nous intéressent en tant que graphologues.

Dès le début de son apprentissage, l’écriture est l’expression d’un scripteur. Elle émerge du jeu qui se met en place entre sa motivation, (les forces conscientes et inconscientes qui le poussent à agir) et le réseau des contraintes qui le freinent.

C’est donc le binôme écriture / scripteur, système dynamique, ouvert aux influences extérieures et intérieures et complexe qui est au centre de notre recherche.

Le qualificatif « complexe » mérite que l’on s’y arrête. Il ne veut pas dire compliqué. Il définit un ensemble constitué d’un grand nombre d’éléments qui agissent en interaction. Ses modifications ne sont donc pas prévisibles. On peut penser à l’effet papillon qui se demande si un battement d’aile de papillon peut entraîner une tornade à l’autre bout du monde.

Cette complexité remet en question la notion de croissance de l’écriture.

La progression n’est pas linéaire même s’il y a une évolution positive globale au cours des années de l’école primaire. On observe des moments de stagnation, de remise en question, de régression.

L’observation méthodique des 1264 cas nous a amené à définir 3 phases dans l’apprentissage de l’écriture.

Leur durée et leur succession sont variables. Il ne s’agit donc pas de stades. Chaque enfant progresse à son rythme.

Je vous les présente ici sommairement. Je les reprendrai de façon détaillée, l’une après l’autre.

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