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A l’opposé de l’écriture liée, conforme au modèle calligraphique, l’écriture juxtaposée …

A l’opposé de l’écriture liée, conforme au modèle calligraphique, l’écriture juxtaposée …

Monique Riley, Myriam Surville

C’est en traitant de la continuité dans le cadre d’un séminaire, qu’il nous est paru intéressant d’aller un peu plus loin dans l’étude de l’espèce juxtaposée.

 

Dans cette optique, outre quelques rappels,ous vous proposons des pistes de réflexion sans pour autant prétendre révolutionner l’approche de cette caractéristique graphique qui s’inscrit dans le genre continuité. Un genre dont il est important de savoir tirer parti car il illustre la manière dont le lien est fait entre les différentes zones et axes de l’écriture et, à ce titre, est révélateur de l’adaptation à soi, aux autres, au monde.

 

À l’opposé de l’écriture liée, conforme au modèle calligraphique, l’écriture juxtaposée issue d’un geste plus indépendant, donne au graphisme une allure toute particulière avec ses lettres non liées entre elles mais tracées les unes après les autres, détachées, disjointes.Arlette Lombarddans le cadre du GGCF en 1978lors d’une communication sur les écritures juxtaposées chez les adolescents, en donnait cette définition : « l’écriture juxtaposée correspond à un tracé interrompu, discontinu ou dont les groupages sont minimes ».

Il est fréquent de parler d’écriture scripte dès qu’une écriture est juxtaposée. Il y a cependant une différence. L’écriture scriptea un point commun avec notre sujet : la juxtaposition. Elle correspond au choix d’une forme imitant les caractères d’imprimerie, alors que l’écriture juxtaposée peut recouvrir des formes variées.

Il est intéressant de constater que nombre de graphologues qualifie, à tort, une écriture juxtaposée d’écriture scripte. L’intention graphique n’est pas la même.Le script recouvre une volonté de prendre appui sur une forme préexistante bien définie. Ce qui correspond inconsciemment ou non à l’adhésion à un modèle. Les raisons qui motivent l’emploi du script sont, pour mémoire : un choix qui peut être transitoirenotamment chez les adolescents qui se cherchent ou correspondre à un besoin d’anonymat, de neutralité etc. Parallèlement, le script est souvent la manifestation d’une volonté de communiquer clairement dans un but bien précis (lettre de candidature par exemple), d’un besoin d’ordre, d’un souci de précision et de méthode parfois rencontré chez des techniciens et des scientifiques.On constate, par ailleurs que certains scripteurs choisissentla forme scripte par goût ou esthétisme (cas d’architectes, de dessinateurs).

Il nous arrive de trouver des écritures qui présentent un mélange hybride d’éléments scripts et cursifs mais elles ne seront pas qualifiées d’écriture scriptepour autant.

Ce mélange, révélateur d’un choix souvent transitoire est fréquent chez les adolescents, ainsi que chez les jeunes adultes encore en recherche de soi. Ceci témoigne d’une personnalité non encore fixée quand il s’agit d’adolescents.Lorsque cette caractéristique perdure, d’une personnalité « assise entre deux chaises », pas très déterminée. Chacun verra selon le contexte graphique.

Un autre mélange également rencontré : celui où, bien qu’il y ait un arrêt entre chaque lettre, certaines d’entre elles sont adossata. Geste pour le moins contradictoire où le fait de séparer est en quelque sorte immédiatement annulé.

Précisons que chaque écriture proposée ne sera étudiée que sous l’angle de la juxtaposition.

Regardons rapidement trois extraits de lettres de candidature.

Écriture n° 1 :Homme, 42 ans, CAP/BEP d’électrotechnique

Candidat à un poste où dynamisme, esprit d’initiative, capacité à gérer l’imprévu sont les qualités requises.

Écriture n° 2 :Homme, 42 ans, formation d’électrotechnicien

Candidat à un poste de formateur.

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Écriture n° 3 :Homme, environ 25 ans, diplômé d’un certificat de qualification professionnelle en réseaux d’automatisme

 

 

Ces trois écritures ont en commun, outre un trait plutôt appuyé, l’adoption de formes scriptes même si le résultat diffère d’une écriture à l’autre.

 

En n° 1, les formes sont parfois hybrides.

En n° 2, on relève un faciès plus féminin, par des rondeurs et des lettres adossata dans un ensemble à tendance compacte.

En n° 3, le script est plutôt clairement reproduit sur un mode légèrement renversé dans un ensemble un peu « dansant ». Ce qui frappe, c’est la signature (non reproduite) filiforme, montante, soulignée et tendue, différente du texte.

 

Il est évident que pour chaque graphisme, outre l’aspect des formes, la nature et l’appui du trait, le traitement de l’espace, le degré de tension, le type de mouvement auront un impact déterminant sur l’interprétation.

 

 

Qu’est-ce qui incite ces trois scripteurs à choisir cette forme à dominante de script ?

  • Un besoin de s’en référer à une forme construite qui apporte de la lisibilité et permet d’être clairement compris.
  • Un désir de donner une image d’ordre, de régularité, de précision – souvent en conformité avec leur spécificité professionnelle – chez les techniciens, les ingénieurs d’affaires ou de méthodes.
  • Un souci d’autodiscipline, d’auto surveillance.

 

Quel bénéfice tirent-ils de ce choix ?

  • Ce style d’écriture leur renvoiequelque chose de construit, de structuré, de sécurisant comme le montre l’écriture n°3 avec sa signature filiforme.Dans ce cas précis, le plus important pour ce candidat est l’image qu’il projette plus que l’expression de sa propre personnalité.

 

On a d’ailleurs pu constater en consultant des écritures de ce type, qu’existent des différences notoires entre le texte et la signature, souvent filiforme.

 

Écriture n°4 :Homme, 60 ans, chef d’entreprise

 

 

Trait feutre bleu, appui moyen.Écriture également proche du script avec quelques éléments de cursive et de la raideur. Grande, à tendance basse, inclinée, lignes légèrement descendantes, mots rapprochés. Signature homogène.

 

Pourquoi cet homme a-t-il recours au script ?

 

L’adoption d’une forme assez conventionnelle, que l’on peut qualifier de « passe partout », protège, sécurise, corsète, socialise sur un mode acceptable et souligne un besoin d’appartenance. De plus, elle stabilise un fond plus mou.

 

La juxtaposition est ici un élément de structure qui crée de la tension. Elle participede la construction de soi,donne une colonne vertébrale tout en étant un indice de contrôle propre à réguler le ressenti.

 

Le côté bienveillant, « bonne pâte », bien intentionné, un peu naïf et dépendant de cet homme ne nous échappe pas (rondeurs,arcades scolaires, trait et une inclinaison généralement pas associée au script).

La disjonction des lettres vient endiguer l’affectivité sous-jacente très prégnante en même temps qu’elle apporte prudence, vigilance et goût du travail bien fait en accord avec des critères techniques scrupuleusement respectés.

 

 

Voici un autre type d’écriture fréquemment rencontré, notamment chez certains ingénieurs :

 

Écriture n°5 : Homme, 42 ans, agent de méthodes, candidat à un poste similaire dans un groupe international

 

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Malgré la présence de quelques groupements, on peut traiter cette écriture comme étant juxtaposée.

 

Trait au Bic bleu avec un peu d’appui, petite, en arcade, simple, simplifiée à l’exception de certaines majuscules scolaires, légèrement inclinée avec des oscillations.

Elle s’étale discrètement par petites touches sur l’horizontale à peine esquissée dans un ensemble ordonné et aéré. Signature (non reproduite) montante, assise sur son paraphe et liée, plus anguleuse et tendue que le texte.

 

Les formes simples, le trait léger, les mouvements vibrant et flottant, les raidissements ne génèrent pas ici une juxtapositionde rupture compte tenu de la mobilité et de la spontanéité graphique de l’ensemble.

Dans ce contexte se profile un homme sensible à l’esprit ouvert, observateur et mobile, peu armé de certitudes, connaissant indécisions et hésitations même s’il apparait plus attaquant et tenace dans sa signature (non reproduite).

Qu’apporte ici la juxtaposition qui découpe clairement chaque lettre ? 

Elle signale le goût de l’analyse et de la mise au point précises qui caractérisent le technicien. Les intuitions sont reprises par la réflexion qui se focalise, évalue et ajuste. Les diagnostics sont pointus. La maîtrise technique ainsi acquise est propre à rassurer et à compenser un manque de réelle confiance en soi. 

La juxtaposition instaure également une pause qui permet de reprendre son souffle et des forces pour mieux repartir ou tout simplement se stabiliser et se fixer momentanément.

Elle induit de la prudence et de la retenue dans sa vie relationnelle où il n’est pas très cernable, ne donne pas prise et « glisse » sur ce qui ne lui convient pas. Il préserve son individualité en suivant son chemin avec une discrétion non exempte de quelques réactions de susceptibilité ou de surprenants entêtements.  

Mises au point :

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